Appel à projets 2026 Démocratie en Santé : les candidatures sont désormais closes. L’actualité de l’AAP est à retrouver dans cet article.

Trois étudiants en santé, vus de dos, en blouse blanche et sac à dos, marchent vers l’entrée d’un bâtiment universitaire par une matinée d’hiver ; image symbolisant la formation des futurs soignants et la planification des effectifs (ORP 2026–2030).

Former les futurs soignants : pourquoi la CRSA Grand Est dit “non” aux objectifs 2026–2030

La CRSA Grand Est a rendu un avis défavorable sur les objectifs de formation des futurs médecins et soignants pour la période 2026-2030. Elle juge les chiffres proposés insuffisants face à la pénurie actuelle et aux besoins réels des territoires. Décryptage d’une prise de position forte.

Une alerte pour l’avenir des soins en région

Le 24 novembre 2025, la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA) Grand Est a officiellement émis un avis défavorable concernant les Objectifs Régionaux Pluriannuels (ORP) de formation. Cette décision, signée par le Président Hubert Attenont, marque un désaccord de fond sur la planification du nombre de futurs professionnels de santé à former dans les filières Médecine, Maïeutique, Odontologie et Pharmacie pour les cinq années à venir.

Que sont les ORP (Objectifs Régionaux Pluriannuels) ?

Les Objectifs Régionaux Pluriannuels (ORP) sont des indicateurs stratégiques définis par l’État pour planifier la démographie médicale. Concrètement, ils déterminent le nombre d’étudiants à former par spécialité pour répondre aux besoins de santé futurs. Ces objectifs sont fixés par arrêté interministériel, mais doivent faire l’objet d’une approche concertée et territorialisée. C’est dans ce cadre que l’Agence Régionale de Santé (ARS) consulte les acteurs locaux avant de trancher.

Le rôle consultatif clé de la CRSA Grand Est

La CRSA est le « parlement régional de la santé« . Son rôle est indispensable au fonctionnement démocratique du système de soins. Conformément au décret n° 2019-1125 du 4 novembre 2019 et au code de l’éducation, l’ARS a l’obligation légale de solliciter l’avis de la CRSA pour fixer ces objectifs de formation. Cet avis permet de faire remonter la réalité du terrain et de s’assurer que les décisions administratives correspondent au vécu des usagers et des professionnels.

Le travail de la Commission Spécialisée de l’Organisation des Soins

Cet avis défavorable est le fruit d’un travail d’analyse approfondi mené par la Commission Spécialisée de l’Organisation des Soins (CSOS) de la CRSA Grand Est. Réunie en séance plénière le 17 octobre 2025, cette commission a étudié le dossier démographique fourni par la DREES et l’ONDPS (Observatoire national de la démographie des professions de santé). C’est à la lumière de ces données et des échanges entre experts que les failles du projet actuel ont été identifiées.

Une base de calcul déconnectée

La raison majeure de cet avis négatif réside dans la méthode de calcul utilisée pour définir le nombre de places en formation. La CRSA Grand Est pointe une lacune critique : la base de calcul initiale ne prend pas en compte le manque actuel de médecins dans notre région. En se projetant vers 2030 sans corriger le déficit existant aujourd’hui, les objectifs proposés ne feraient que perpétuer la pénurie au lieu de la résorber.

L’oubli de la réalité sociologique du métier

Au-delà des chiffres bruts, la CRSA souligne que l’évolution de la pratique médicale a été ignorée. Aujourd’hui, les nouvelles générations de médecins aspirent à un équilibre de vie différent. L’avis rappelle une statistique cruciale : pour remplacer un seul médecin partant à la retraite, il faut désormais former 2,1 médecins afin de compenser l’adaptation du temps de travail. Cette réalité mathématique doit impérativement être intégrée aux quotas de formation.

Que font la DREES et l’ONDPS ?

Pour établir ces quotas, la CSOS a pris connaissance d’un dossier démographique de référence réalisé conjointement par la DREES et l’ONDPS.

L’ONDPS (Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé) est une instance gouvernementale qui analyse spécifiquement la répartition des soignants, anticipe les départs à la retraite et formule des recommandations d’effectifs à former pour chaque région et chaque spécialité.
La DREES (Direction de la Recherche, des Études, de l’Évaluation et des Statistiques) est le service statistique officiel du ministère de la Santé. Elle produit les grandes enquêtes et les chiffres clés sur l’état de notre système de soins.

Des universités sans moyens supplémentaires ?

Former plus de soignants est une nécessité, mais encore faut-il pouvoir les accueillir. La CRSA alerte sur le fait que les moyens alloués aux universités ne semblent pas en adéquation avec les ambitions affichées. Pour augmenter les capacités d’accueil et garantir une formation de qualité, il a été jugé nécessaire de doter les Doyens des facultés de santé de moyens supplémentaires concrets. Sans cet investissement, l’augmentation des effectifs restera théorique.

L’importance de la « territorialité »

La raison majeure de cet avis négatif réside dans la méthode de calcul utilisée pour définir le nombre de places en formation. La CRSA Grand Est pointe une lacune critique : la base de calcul initiale ne prend pas en compte le manque actuel de médecins dans notre région. En se projetant vers 2030 sans corriger le déficit existant aujourd’hui, les objectifs proposés ne feraient que perpétuer la pénurie au lieu de la résorber. La santé ne peut pas s’organiser depuis des tableaux statistiques nationaux. La CRSA a lourdement insisté sur l’importance de la territorialité. Concrètement, la prospective sur le nombre d’étudiants doit être rigoureusement basée sur une analyse réelle de la population à prendre en charge. Il est impératif d’analyser les besoins nécessaires bassin de vie par bassin de vie, et de traduire ces besoins en termes de ratio par rapport à la population locale.

Qualité et sécurité des soins

Augmenter les quotas ne doit jamais se faire au détriment de l’expertise. La CRSA a identifié la qualité et la sécurité des soins comme des enjeux primordiaux. Pour relever ce défi, elle estime nécessaire de faire évoluer l’outil de formation en partant des besoins réels en santé, et en y impliquant l’ensemble des professionnels de terrain afin qu’ils prennent en charge une partie de la formation de leurs jeunes collègues.

Pourquoi cet avis compte pour vous ?

À la lumière de ces constats critiques, la CRSA Grand Est joue son rôle de bouclier démocratique en émettant cet avis défavorable. Cet acte fort vise à alerter les pouvoirs publics : on ne peut pas construire le système de santé de demain en ignorant les besoins nouveaux à satisfaire. C’est une étape cruciale pour espérer que les quotas définitifs soient révisés à la hausse et mieux financés pour les habitants de notre région.

Découvrir l’avis de la CRSA Grand Est sur les ORP 2026-2030

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