Appel à projets 2026 Démocratie en Santé : les candidatures sont désormais closes. L’actualité de l’AAP est à retrouver dans cet article.

Réunion de concertation entre usagers et représentante institutionnelle sur la démocratie en santé dans le Grand Est.

Santé dans le Grand Est : qui décidera pour vous en 2026 ?

« Les Lorrains auront-ils encore leur mot à dire en 2026 ? » s’interroge L’Est Républicain du 27 février face au projet gouvernemental de réforme des instances de santé. Hubert Attenont, président de la CRSA Grand Est, alerte sur ce recul citoyen. Décryptage.

Une inquiétude relayée par la presse régionale

C’est une question qui touche au cœur du quotidien de chaque habitant, de Strasbourg à Nancy, en passant par Reims, Metz, ou encore les territoires plus ruraux de notre région : qui a véritablement le pouvoir d’orienter les choix concernant nos hôpitaux, nos cliniques de proximité et nos EHPAD ? Dans un récent article signé par le journaliste Thierry Fedrigo, la presse régionale s’est fait l’écho d’une vive préoccupation concernant l’avenir de la participation citoyenne en santé. L’article, dont le titre interpelle directement et légitimement les lecteurs (« Les Lorrains auront-ils encore leur mot à dire en 2026 ? »), met en lumière un projet gouvernemental, porté par le ministre Sébastien Lecornu, visant à remanier en profondeur le système régional pour la mi-2026.

Ce coup de projecteur médiatique est fondamental à l’heure actuelle. Il permet de sortir des débats d’experts et des cercles institutionnels fermés pour alerter le grand public sur une réforme qui pourrait facilement passer inaperçue, mais dont les conséquences seraient directes sur l’accès aux soins dans tout le Grand Est. En relayant la prise de parole d’Hubert Attenont, président de la Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie (CRSA) Grand Est, la presse souligne un risque majeur pour notre démocratie : celui d’étouffer la parole de la société civile au profit d’une gestion purement politico-administrative des enjeux sanitaires.

Que prévoit le projet de réforme de 2026 ?

Pour bien saisir la portée de l’article de presse et l’inquiétude qu’il soulève chez les acteurs de terrain, il faut comprendre la mécanique précise de la réforme envisagée par le gouvernement. Actuellement, les instances représentatives comme la CRSA (qui opère au niveau de la grande région) et les CTS (Conseils territoriaux de santé, qui agissent au niveau local) sont dirigées par des présidents élus démocratiquement par leurs pairs. Ces membres sont issus d’horizons très divers et complémentaires : associations de défense des patients, professionnels de la santé, représentants syndicaux, organismes d’assurance maladie, etc.

Le projet gouvernemental prévu pour la mi-2026 ambitionne de supprimer cette voie démocratique. En lieu et place d’une élection interne qui garantit une certaine représentativité et une liberté de ton, la présidence serait attribuée d’office aux exécutifs politiques locaux. Concrètement, le président du Conseil régional prendrait automatiquement la tête de la CRSA, et les présidents des Conseils départementaux prendraient les rênes des CTS. L’Est Républicain qualifie cette mesure de « gageure », car elle viendrait déposséder la société civile de son rôle essentiel de vigie, transformant de fait des espaces de libre expression citoyenne en de potentielles chambres d’enregistrement des politiques territoriales.

La crainte d’un déni de démocratie

Interrogé dans la presse par Thierry Fedrigo, Hubert Attenont, l’actuel président de la CRSA Grand Est, pose des mots très forts sur ce projet gouvernemental en gestation. Il redoute ouvertement qu’une telle disposition, si elle venait à être adoptée, « n’étouffe la parole de la société civile ». Pour lui, la suppression de l’élection à la présidence de la CRSA s’apparente purement et simplement à un véritable « déni de démocratie ».

Son argumentaire est implacable et résonne comme un avertissement pour tous les usagers du système de santé : « Nous représentons la société civile. Si des élus président ces instances, ce sera moins le cas. Notre rôle est quand même de rendre des avis sur tout ce qui se décide localement en matière de santé. » En effet, comment la CRSA pourrait-elle émettre un avis critique, neutre et objectif sur les politiques sanitaires régionales si elle est présidée par la même personne qui dirige l’exécutif de la Région ? Cette confusion des rôles est perçue par les acteurs de terrain comme un risque majeur d’affaiblissement du contre-pouvoir citoyen, un contre-pouvoir pourtant indispensable au bon équilibre, à l’équité et à la transparence du système de soins territorial.

Bienveillance en EHPAD, prévention… ces actions de terrain que la réforme pourrait fragiliser

Des initiatives concrètes et essentielle pour la population : l’organisation récente d’un grand débat sur la bienveillance dans les établissements pour personnes âgées. Hubert Attenont rappelle à juste titre pour défendre le bilan de l’instance : « On a organisé un débat… on fait beaucoup de choses à la CRSA Grand Est ». Ces actions de terrain, destinées à améliorer le bien-être des usagers et la prévention en santé, s’organisent très souvent en partenariat étroit avec des acteurs spécialisés du territoire, comme l’association Promotion Santé Grand Est (anciennement connue sous le nom d’IREPS). Cette structure est le véritable bras armé de la prévention dans notre région.

La participation citoyenne en santé, comment ça marche ?

Que l’on cherche à s’informer sur le fonctionnement des urgences pédiatriques, la prise en charge du handicap à l’école ou le maintien à domicile des personnes âgées dans les zones rurales du Grand Est, il est crucial de savoir comment les décisions sont prises en amont. Depuis la loi « Bachelot » de 2009, la législation française garantit aux citoyens un droit de regard affirmé sur l’organisation des soins. C’est ce que l’on nommait autrefois la démocratie sanitaire, et qui se traduit aujourd’hui par une implication concrète des usagers.

Cette participation active de la société civile repose sur trois piliers concrets, qui pourraient être ébranlés par la réforme :
L’indépendance de ton : Pour que les avis formulés soient pertinents et constructifs, les instances qui les émettent doivent être indépendantes du pouvoir politique ou de l’administration, afin de pouvoir critiquer, orienter et proposer des solutions sans le moindre conflit d’intérêts.
La consultation obligatoire : Avant qu’une Agence Régionale de Santé (ARS) ne valide son grand plan d’action stratégique sur plusieurs années, elle doit obligatoirement demander l’avis des représentants des citoyens.
L’expertise d’usage : Les patients vivant au quotidien avec une maladie chronique ou les aidants familiaux qui accompagnent un proche apportent une connaissance intime du terrain que ni les médecins ni les directeurs d’hôpitaux ne possèdent.

Des élus territoriaux déjà présents, mais aux agendas saturés

L’un des points centraux soulevés par l’article de L’Est Républicain concerne la légitimité et surtout la disponibilité concrète des élus locaux. Il est très important de préciser, comme le rappelle fermement Hubert Attenont pour éviter tout malentendu, que les élus ne sont absolument pas exclus de la gouvernance actuelle en santé. Au contraire, ils sont déjà « membres de droit » de la CRSA et des CTS. Ils y siègent activement au sein du collège dédié aux collectivités territoriales.
Le problème ne vient donc pas de leur présence au sein de ces instances, mais bien de la charge de travail colossale qu’imposerait la présidence de ces structures complexes. Les présidents de Conseils régionaux et départementaux gèrent des budgets multimilliardaires et des compétences extrêmement vastes (les transports, les lycées, les collèges, l’action sociale de grande ampleur). « Ont-ils l’envie et le temps de s’investir ? » s’interroge publiquement le président de la CRSA. Et de constater, de manière pragmatique face à la réalité du terrain : « On voit déjà qu’aujourd’hui, la priorité des élus territoriaux n’est pas de venir discuter de santé publique et de planification dans les territoires. » Confier la présidence à des acteurs par essence sur-sollicités reviendrait à vider les structures de leur substance participative et de leur efficacité opérationnelle.

Concrètement, à quoi sert la CRSA Grand Est ?

La parution presse mentionne très fréquemment la CRSA, mais que fait exactement cette instance institutionnelle, souvent méconnue du grand public ? La Conférence Régionale de la Santé et de l’Autonomie agit comme une immense « chambre d’écho pour la société civile ». Elle regroupe une centaine de membres rigoureusement répartis en collèges : les usagers du système de santé, les professionnels de santé, les organismes de protection sociale, et les collectivités territoriales.

Son rôle consultatif est massif et indispensable au bon fonctionnement régional. La loi oblige le directeur général de l’ARS Grand Est à soumettre à l’assemblée de la CRSA des dossiers cruciaux, parmi lesquels figurent :
La prise en charge de la vulnérabilité : L’accueil des personnes âgées dépendantes et l’accompagnement digne des personnes en situation de handicap dans les établissements médico-sociaux. Son champ d’intervention couvre littéralement toutes les étapes de la vie des habitants du Grand Est.
Le Projet Régional de Santé (PRS) : Le document cadre officiel qui définit toutes les priorités de santé pour la région (par exemple, la stratégie de lutte contre la désertification médicale dans certains départements touchés par le manque de médecins).
L’organisation des soins hospitaliers et ambulatoires : La répartition des lits, la création de maisons de santé pluridisciplinaires ou la permanence des soins de nuit et de week-end.
Les politiques de prévention : Les vastes plans concernant la nutrition, la santé mentale (un enjeu majeur post-Covid), ou encore la santé environnementale.

Le sens d’une mobilisation coordonnée

L’article de L’Est Républicain contextualise la prise de parole d’Hubert Attenont en mentionnant une action collective majeure : la diffusion d’un communiqué national de grande ampleur le jeudi 26 février (un sujet que vous pouvez d’ailleurs retrouver largement développé dans notre précédent article web : Les CRSA vent debout contre la réforme des ARS). Cette mention dans la presse locale est particulièrement importante, car elle montre aux habitants du Grand Est que la problématique soulevée n’est pas une simple querelle de clocher régionale ou une opposition isolée. Il s’agit bel et bien d’un mouvement national coordonné des présidents de CRSA qui espèrent, selon les termes relevés par le journaliste, « être suivi[s] d’une écoute attentive de Sébastien Lecornu ». L’enjeu de cette démarche inédite est de faire bloc pour démontrer que l’architecture participative créée en 2009 a largement fait ses preuves, notamment lors de la gestion complexe des récentes crises sanitaires, et qu’il serait périlleux de l’écarter d’un revers de main pour des raisons de simplification administrative ou d’affichage politique.

L’ancrage local indispensable avec les CTS

Si la CRSA veille et délibère sur l’ensemble de la région Grand Est, le terrain nécessite des relais de proximité beaucoup plus fins pour être efficace. C’est là qu’interviennent les Conseils Territoriaux de Santé (CTS), qui sont eux aussi directement menacés d’être « dépossédés de leurs missions » par le projet de loi porté par l’exécutif.

Les CTS agissent à une échelle beaucoup plus restreinte (souvent à l’échelle d’un département précis ou d’un bassin de population spécifique, avec ses propres caractéristiques géographiques, économiques et sociales). Leur mission pédagogique et opérationnelle consiste notamment à :
Identifier les urgences sanitaires locales : Faire remonter rapidement les besoins spécifiques à l’ARS pour déclencher des actions ciblées et des financements d’urgence. Remplacer les présidents de CTS, souvent issus du tissu associatif local et connaissant parfaitement leur territoire, par les présidents de Conseils départementaux, c’est risquer d’éloigner dangereusement les débats des réalités quotidiennes vécues par les patients et les soignants sur le terrain.
Adapter les grandes politiques régionales aux réalités hyper-locales : Un bassin minier en reconversion n’a évidemment pas les mêmes besoins sanitaires qu’une zone de montagne ou qu’une grande métropole urbaine comme Strasbourg ou Nancy.
Favoriser le dialogue direct : Créer du lien de confiance entre les professionnels de santé d’un même secteur (les médecins de ville, les hôpitaux locaux de proximité, les associations de prévention).

Pourquoi s’informer et se mobiliser dès aujourd’hui ?

L’interrogation légitime posée par la presse régionale le 27 février doit résonner comme un véritable appel à la vigilance pour tous les habitants cherchant à s’informer sur l’avenir de la santé dans le Grand Est. Les instances comme la CRSA et les CTS ne sont pas de simples rouages bureaucratiques invisibles et lointains ; elles sont vos porte-voix quotidiens auprès des autorités sanitaires.
Si la réforme devait passer sous sa forme actuelle, le risque est grand de voir les décisions concernant vos futurs parcours de soins, la fermeture d’un service d’urgence ou l’organisation de vos EHPAD se prendre à huis clos, entre l’administration de l’État et les exécutifs politiques locaux, sans le filtre indispensable du vécu patient. La CRSA Grand Est s’engage fermement à continuer d’informer la population, à décrypter les enjeux souvent complexes de la planification sanitaire, et à défendre un système où chaque citoyen conserve sa place légitime à la table des négociations. S’informer sur ces démarches, partager ces articles de presse autour de vous et soutenir activement le tissu associatif en santé, c’est déjà agir concrètement pour préserver vos droits de demain.

L’interview exclusive à retrouver dans L’Est Républicain

📰 Article source :

Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Hubert Attenont et l’analyse du journaliste Thierry Fedrigo concernant l’avenir de la démocratie en santé sur le site du quotidien régional : « Les Lorrains auront-ils encore leur mot à dire en 2026 ? » (L’Est Républicain).

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